Bruno Retailleau
Changement de système, travail et déréglementation
Fil directeur Refus du social-étatisme, dénonciation d'un État captant plus de 57 % de la richesse produite et traitant les chefs d'entreprise en suspects. Il pose une rupture de système, pas des rustines.
Ce qu'il a défendu, thème par thème
Finances et fonction publique
Équilibre en cinq ans. Réduction de 250 000 à 300 000 postes de fonctionnaires, statut réservé au régalien et contrat pour le reste, suppression d'opérateurs et d'agences avec réexamen tous les trois ans de leur raison d'être.
Retraites
Il lie explicitement dette et retraites, un quart de la dépense publique. Âge légal assumé pour éviter la machine à fabriquer des retraités pauvres, équation proportionnelle liant âge de départ et espérance de vie (dispositif Fillon jamais activé), étage de capitalisation populaire présenté comme vecteur de fonds d'investissement français face aux fonds de pension américains.
Travail
Allègement des charges dès la première heure sur la part non contributive, puis seuil à partir de la 36e heure à zéro cotisation salariale et patronale, soit 35 % de coût du travail en moins sur ces heures et jusqu'à 3 500 € nets par an au salaire médian, avec identité brut égale net. En contrepartie, plafonnement à 70 % du total des prestations sociales.
Fiscalité
Surfiscalisation chiffrée à 110 milliards d'écart, dont il retranche 40 milliards d'aides réelles, pour arriver à 40 milliards de baisse de charges et d'impôts de production dès les premiers mois (C3S, CVAE, CFE sur l'outil de production, forfait social), gelés sur cinq ans. Transmission en ligne directe sans impôt tant qu'on ne vend pas, pacte Dutreil intouchable, don familial relevé à 150 000 €, prise en charge des taux d'intérêt d'emprunt immobilier par enfant à 50, 75 puis 100 %.
Normes et énergie
Suppression d'une centaine de normes par ordonnance, interdiction de la surtransposition par loi organique, abrogation du principe de précaution dans la Constitution. Priorité au nucléaire, arrêt des subventions aux renouvelables jugées matures, suppression de la programmation pluriannuelle de l'énergie.
Colonne A · faisabilité institutionnelle, 16 sur 25, critère par critère
40 milliards dès les premiers mois gelés sur cinq ans, zéro cotisation à partir de la 36e heure, 35 % de coût en moins, 3 500 € nets, 250 à 300 000 postes, 150 000 € de donation.
Le projet le plus chiffré du plateau avec celui de Gabriel Attal. Montants, seuils, périmètres et bornes temporelles sur presque chaque ligne. Une exception, et elle porte sur l'engagement le plus lourd : l'équilibre en cinq ans n'est adossé à aucune trajectoire année par année, alors qu'il s'accompagne de 40 milliards de recettes en moins.
Suppression de normes par ordonnance, interdiction de surtransposer par loi organique, abrogation du principe de précaution dans la Constitution.
Seul des sept à nommer systématiquement le véhicule juridique de chaque mesure, jusqu'à distinguer l'ordonnance, la loi organique et la révision constitutionnelle. C'est la meilleure traçabilité de levier du débat, et c'est elle qui rend son projet à la fois le plus vérifiable et le moins faisable.
Révision constitutionnelle sur le principe de précaution, fin du statut pour l'essentiel de la fonction publique, sortie des 35 heures.
Trois chantiers dont chacun a historiquement consommé un mandat entier, engagés simultanément. Aucun exécutif de la Ve République n'a mené le troisième. C'est la note de véhicule institutionnel la plus basse des sept.
Interdiction de la surtransposition, priorité au nucléaire, suppression de la PPE, fiscalité nationale.
Presque tout relève de la décision nationale. L'interdiction de surtransposer réduit même la dépendance externe au lieu de l'augmenter : elle consiste à s'aligner sur la norme minimale européenne, pas à la renégocier.
Gel fiscal de cinq ans présenté comme une stabilité absolue, capitalisation populaire, suppression du statut.
Le gel quinquennal est un engagement de stabilité, pas un coût de sortie. Le projet mêle des mesures instantanément réversibles, une exonération de charges se rétablit en loi de finances, et des mesures qui ne se reconstituent pas : un statut supprimé, un étage de capitalisation dont les droits sont ouverts, une révision constitutionnelle. Aucune de ces asymétries n'est signalée.
Colonne B · qualité de raisonnement, 16 sur 30, critère par critère
110 milliards d'écart de surfiscalisation, moins 40 milliards d'aides réelles, d'où 40 milliards de baisse et pas davantage.
Le seul candidat à exposer son arithmétique en public et à s'imposer une contrainte à partir d'elle : il calcule un écart, en retranche ce qu'il ne veut pas toucher, et se limite lui-même. Ce qui ne boucle pas reste l'équilibre en cinq ans, jamais relié à ce calcul.
Stabilité fiscale et réglementaire annoncée comme absolue sur cinq ans, révision constitutionnelle présentée comme acquise.
L'assurance est maximale sur la partie la moins faisable. Une stabilité absolue sur cinq ans est une promesse que la série 1958-2027 ne permet à aucun exécutif : les lois de programmation militaire, des finances publiques et de la recherche ont toutes été révisées avant leur terme.
Diagnostic de faillite posé sans scénario alternatif.
Le diagnostic est net, le risque n'est jamais éprouvé. Aucune hypothèse de conjoncture défavorable, aucune sensibilité, aucun scénario dans lequel les économies annoncées ne se réalisent pas.
Contestation méthodologique du chiffre de 210 milliards d'aides aux entreprises, distinction entre allègements de charges et aides véritables.
Sources nommées et discutées, ce qui vaut mieux que citées : il attaque la construction d'un chiffre plutôt que le chiffre. En revanche l'écart de surfiscalisation de 110 milliards, qui fonde tout son calcul, est affirmé sans origine.
Équilibre en cinq ans et âge légal assumé pour Malenfer, 36e heure pour Furlan, ordonnances pour Lecouffle, C3S, CVAE et CFE pour Brageon.
Il traite les cinq thèmes et répond à quatre des cinq questions par un dispositif nommé. Ce qui manque n'est pas la réponse, c'est le chemin : il donne un point d'arrivée sans trajectoire.
40 milliards de baisse dès les premiers mois contre des économies de masse salariale publique étalées.
Déséquilibre de construction, et c'est le plus net du débat. Quarante milliards de baisses immédiates votées en loi de finances dès la première année, contre des économies de masse salariale qui produisent leur effet sur une décennie. Sous la règle de réalisation asymétrique, les baisses se font et les économies ne se font pas : le solde se dégrade avant la première promesse manquée.
Est-ce que ce projet permet le retour à l'équilibre budgétaire et la réduction de la dette ?
10/ 20auditable
Une cible datée existe, cinq ans, et l'arithmétique de la baisse de prélèvements est exposée publiquement, ce qui est rare. Mais la trajectoire qui relie 40 milliards de recettes en moins à l'équilibre n'est jamais construite, et le calendrier joue contre l'objectif : baisses immédiates, économies différées. La dette est traitée par la stabilisation, pas par la réduction.
Est-ce que ce projet est bon pour la France ?
11/ 20opinion
Le diagnostic de compétitivité est étayé et la mesure sur les heures supplémentaires répond très précisément à la question de Vincent Furlan, ce qu'aucun autre ne fait avec ce degré de précision. Mais le remède est surcalibré : un exécutif qui disposerait de tous les leviers en même temps, et la France de 2027 n'en promet aucun. Le plafonnement des prestations à 70 % reporte une charge sur des bénéficiaires jamais nommés, et l'abrogation du principe de précaution se heurte à sa présence dans le droit européen, pas seulement dans la Constitution française.
Note d'opinion. Un lecteur qui donne plus de poids à la baisse du coût du travail qu'aux effets de report peut légitimement la relever de plusieurs points. Les cinq critères déclarés.
Point de tension C'est le projet le plus précis et le moins exécutable du débat, et les deux tiennent à la même cause : il nomme ses véhicules juridiques, donc on voit exactement ce qu'il faudrait obtenir pour le tenir.