Avant d’implémenter l’IA dans votre entreprise, maîtrisez déjà les méthodes !

Pendant des années, la question de la productivité au travail a été posée à l’envers. On a cherché à faire travailler plus vite, plus longtemps, avec plus d’outils. Or le problème n’est pas la performance des salariés, mais l’accumulation silencieuse de micro-tâches numériques qui grignotent le temps de travail sans créer de valeur. Dans le tertiaire, une part croissante de la semaine ne sert plus à produire, mais à s’organiser pour pouvoir produire.

Les chiffres sont désormais bien documentés. Selon une étude McKinsey, les cadres passent en moyenne 28 % de leur temps à gérer leurs emails. Microsoft, dans son Work Trend Index, montre que plus de 40 % des utilisateurs consultent leur messagerie avant même 8h du matin, et qu’un salarié est interrompu en moyenne toutes les deux minutes par une notification, un message ou un email. L’INRS rappelle de son côté que le multitâche numérique augmente significativement la charge cognitive et les erreurs. Autrement dit, le travail moderne est devenu un environnement fragmenté, où l’attention est constamment sollicitée sans hiérarchie claire.

Dans une semaine de 35 heures, un salarié du tertiaire consacre souvent entre 12 et 15 heures à des tâches d’organisation numérique : lire et trier des emails, chercher une information déjà produite, nommer ou retrouver des fichiers, préparer ou subir des réunions mal cadrées, reprendre une tâche interrompue, nettoyer en fin de journée ce qui n’a pas été traité. Ce temps n’est ni visible ni reconnu, car il est diffus, morcelé, et rarement formalisé dans les fiches de poste. Pourtant, il structure profondément l’expérience de travail.

Le phénomène est aggravé par l’empilement d’outils. Email, messagerie instantanée, drive, outil métier, CRM, logiciel de gestion de projet : chacun promet de faire gagner du temps, mais aucun ne définit clairement ce qui doit y entrer ou en sortir. Résultat, l’information est dupliquée, fragmentée, parfois contradictoire. Une étude de Gartner estime que les salariés perdent en moyenne près de deux heures par jour à chercher des informations ou à reconstituer un contexte. Ce temps perdu n’est pas un problème individuel de méthode, mais un problème collectif de gouvernance de l’information.

La question des réunions illustre bien ce décalage. Selon Atlassian, plus de 60 % des réunions sont jugées inutiles par les participants, souvent faute d’objectif clair ou de décision attendue. À cela s’ajoute le temps invisible : préparer une réunion, prendre des notes exploitables, reformuler ce qui a été décidé, puis suivre des actions qui ne sont parfois jamais réellement priorisées. Là encore, le coût n’est pas tant la réunion elle-même que ce qu’elle déclenche en aval.

Face à ce constat, l’intelligence artificielle est souvent présentée comme la solution. Elle peut effectivement aider à résumer des emails, structurer des notes, générer des comptes rendus ou prioriser des tâches. Mais sans règles claires en amont, elle risque surtout d’accélérer un système déjà désorganisé. Une organisation confuse, augmentée par l’IA, devient simplement plus confuse plus vite. L’enjeu n’est donc pas technologique avant d’être organisationnel.

La vraie rupture productive ne vient pas d’un nouvel outil, mais de décisions simples et partagées. Clarifier ce qui mérite un email et ce qui n’en mérite pas. Définir des règles de nommage compréhensibles par tous. Limiter volontairement les canaux. Assumer qu’une information mal trouvable est une information perdue. Accepter aussi que finir sa journée avec une boîte mail à zéro n’est pas un luxe, mais une condition de continuité du travail.

La productivité du tertiaire ne se joue plus dans l’effort, mais dans la réduction du bruit. Dans un monde où la technologie permet de tout produire plus vite, la vraie compétence devient la capacité à protéger l’attention, à structurer l’information et à décider ce qui ne doit pas être fait. Tant que ces sujets resteront invisibles dans les organisations, on continuera à parler de surcharge de travail là où il s’agit surtout d’une surcharge de désordre.

La question à se poser n’est donc pas uniquement “comment travailler plus efficacement avec l’IA ?”, mais “n’y a-t-il pas déjà un problème majeur de maîtrise des outils déjà disponibles à résoudre avant de le faire ?”. Les entreprises y gagneraient tellement de productivité !

1. GÉRER SES EMAILS

Problème
L’email devient une source de stress et d’oubli.

Règles

  • Un email = une décision.

  • La boîte de réception n’est pas une to-do list.

Méthode

  • Lire un email une seule fois.

  • Décider immédiatement : répondre / transformer en tâche / classer / supprimer.

  • Répondre immédiatement si cela prend moins de 3 minutes.

  • Si action > 3 minutes : créer une tâche et archiver l’email.

  • Viser une boîte de réception vide en fin de journée.

Astuces

  • Pas de “je garde au cas où”.

  • Les CC inutiles = bruit.

Gain


2. RANGER SES DOSSIERS NUMÉRIQUES

Problème
Les fichiers sont introuvables ou en double.

Règles

  • Un dossier = un usage clair.

  • Même structure pour tous.

Méthode

  • Limiter à 5–7 dossiers racines maximum.

  • Créer une arborescence simple et stable.

  • Bannir les dossiers “divers”, “fourre-tout”, “à trier”.

  • Ranger immédiatement, pas plus tard.

  • Utiliser un seul endroit de référence.

Astuces

  • Si tu hésites où ranger, la structure est mauvaise.

  • Mieux vaut peu de dossiers bien nommés que trop.

Gain


3. NOMMER CORRECTEMENT SES FICHIERS

Problème
On ne sait pas quelle est la bonne version.

Règles

  • Le nom du fichier doit suffire sans l’ouvrir.

Méthode

  • Toujours utiliser la même structure :

    • Date (YYYY-MM-DD)

    • Sujet clair

    • Version

  • Exemple : 2025-04-15_Contrat_ClientX_v2.docx

  • Mettre la version dans le nom, jamais “final”.

Astuces

  • Pas de “final”, “def”, “ok”, “new”.

  • La date au début permet un tri automatique.

Gain

  • Fiabilité, travail d’équipe fluide.


4. RETROUVER RAPIDEMENT UNE INFORMATION

Problème
Perte de temps quotidienne.

Règles

  • Toute information doit être retrouvable en moins de 30 secondes.

Méthode

  • Définir un point unique de vérité.

  • Ne jamais dupliquer inutilement.

  • Ranger au bon endroit dès la création.

  • Utiliser la recherche uniquement si le rangement est bon.

Astuces

  • Si tu dois demander à quelqu’un, le système est défaillant.

Gain

  • Continuité, autonomie, efficacité.


5. ÊTRE À L’HEURE

Problème
Les retards sont banalisés.

Règles

  • Être à l’heure, c’est respecter les autres.

Méthode

  • Intégrer les temps de déplacement.

  • Prévoir 5–10 minutes de marge.

  • Activer des alertes avant chaque rendez-vous.

  • Éviter les réunions qui s’enchaînent sans pause.

Astuces

  • Arriver en avance = reprendre le contrôle.

Gain

  • Crédibilité, confiance, efficacité collective.


6. GÉRER SON AGENDA

Problème
L’agenda est subi.

Règles

  • Ce qui n’est pas planifié n’existe pas.

Méthode

  • Bloquer des plages de travail profond.

  • Bloquer des temps de récupération.

  • Limiter les réunions par défaut.

  • Lire son agenda comme un tableau de bord.

Astuces

  • Un agenda plein n’est pas un agenda efficace.

Gain

  • Moins de stress, meilleure priorisation.


7. SUIVRE SES TÂCHES

Problème
Trop de listes, rien n’avance.

Règles

  • Une tâche = une action concrète.

Méthode

  • Une seule liste de tâches.

  • Chaque tâche commence par un verbe d’action.

  • Durée estimée.

  • Priorisation simple (important / non important).

  • Revue quotidienne rapide.

Astuces

  • Si ce n’est pas actionnable, ce n’est pas une tâche.

Gain

  • Exécution fiable, esprit libéré.


8. PRÉPARER UN ORDRE DU JOUR

Problème
Réunions longues et inutiles.

Règles

  • Pas d’ordre du jour = pas de réunion.

Méthode

  • Définir un objectif unique.

  • Lister les sujets.

  • Attribuer un temps par sujet.

  • Identifier les décisions attendues.

  • Envoyer l’ordre du jour en amont.

Astuces

  • Une réunion = une décision ou une action.

Gain


9. PRENDRE DES NOTES UTILES EN RÉUNION

Problème
Les comptes rendus ne servent à rien.

Règles

  • Noter uniquement ce qui engage.

Méthode

  • Décisions prises.

  • Actions à faire.

  • Responsables.

  • Échéances.

  • Pas de verbatim.

Astuces

  • Si personne n’est responsable, rien ne se fera.

Gain

  • Clarté, responsabilisation.


10. CLÔRER UNE RÉUNION

Problème
Flou après la réunion.

Règles

  • Personne ne repart sans savoir quoi faire.

Méthode

  • Reformuler les décisions.

  • Valider chaque action.

  • Fixer les échéances.

  • Envoyer un compte rendu sous 24h.

Astuces

  • La fin de la réunion est plus importante que le début.

Gain

  • Passage à l’action.


11. RÉDUIRE LES INTERRUPTIONS NUMÉRIQUES

Problème
Attention fragmentée.

Règles

  • Protéger ses plages de concentration.

Méthode

  • Désactiver les notifications inutiles.

  • Créer des plages sans interruptions.

  • Informer son équipe.

Astuces

  • L’urgence est souvent une illusion.

Gain


12. FINIR SA JOURNÉE SANS DETTE NUMÉRIQUE

Problème
Charge mentale permanente.

Règles

  • Ne rien laisser en suspens.

Méthode

  • Trier emails et messages.

  • Planifier les tâches restantes.

  • Clarifier l’agenda du lendemain.

  • Fermer les outils.

Astuces

  • Finir sa journée fait partie du travail.

Gain

  • Récupération mentale, efficacité durable.


13. STANDARDISER LES USAGES COLLECTIFS

Problème
Chacun fait à sa manière.

Règles

  • Les méthodes communes priment sur les préférences individuelles.

Méthode

  • Formaliser les règles.

  • Diffuser à tous.

  • Appliquer au management.

  • Ajuster régulièrement.

Astuces

  • La cohérence collective vaut mieux que l’optimisation individuelle.

Gain

  • Performance durable, collaboration fluide.

Pas d’IA ici, juste de la méthode. Et c’est déjà collossal pour gagner des dizaines d’heures par mois par personne !