Ce livre défend une thèse nette : l’intelligence artificielle rompt le contrat historique qui liait travail, utilité et dignité. En automatisant non plus la force, mais l’intelligence, elle déplace le centre de gravité de l’économie, du pouvoir, et du sens. Elle ouvre la voie à un système post-capitaliste inédit — l’IAlisme — où la valeur se crée sans nous, où quelques oligopoles concentrent la puissance, et où l’effacement humain devient une variable d’optimisation.
Jérôme Coutou explore les mécanismes de ce qu’il nomme « disruption destructrice » : automatisation absolue, dilution de la responsabilité, redondance cognitive, fatigue morale et disparition du sens. Il montre comment l’IA révèle nos renoncements plus qu’elle ne les invente : délégation de l’effort et confort sans responsabilité. Ce n’est pas la machine qui menace l’homme ; c’est l’homme qui s’efface devant la machine.
Face à ce basculement, plusieurs futurs possibles se dessinent : un effondrement chaotique, une dictature algorithmique douce ou brutale, ou une bifurcation humaniste fondée sur la responsabilité, la lenteur, la limite, et la valeur du lien.
Mais cette dernière bifurcation, qui devient une question de survie pour l’humanité, exige de retrouver ce que nous avons presque laissé s’éteindre : la responsabilité, la relation, la lenteur, le doute… et la capacité à dire non, même à ce qui fonctionne.
Ce livre ne cherche pas à rassurer, sans ne rien céder ni à la peur ni au technosolutionnisme. Il interpelle sur la question : « comment encore exister dans le monde qui vient ? ». Il propose une prise de conscience, un sursaut et une reconstruction possible : faire le constat froid de la situation, comprendre le mouvement à l’oeuvre et les leviers qu’il nous reste pour redonner de la chair à nos décisions, remettre l’humain au centre non par nostalgie, mais par nécessité.
Parce qu’une civilisation qui délègue tout cesse tôt ou tard d’assumer son propre destin — et laisse sa flamme s’éteindre.